Historiquement, Cotonou est une ville coloniale. En ce sens, sa fondation et son développement étaient liés à l'occupation européenne ,et qui sa population qui n'avait pas de tradition urbaine plus ancienne, s'est transformée en population urbaine au cours de ce siècle. Cotonou est une agglomération importante, une ville cosmopolite du Bénin, d'environ 750000 habitants qui s 'est développé autour de portes militaires et de traite.L'histoire de son peuplement se confond avec celle de l'occupation coloniale française. Ces activités ont attiré par perspectives de travail, des migrants ruraux, d'abord fon, ensuite d'autres ethnies d'un peu partout du pays. La ville se divise en de nombreux quartiers dont certains , surtout parmi ceux périphériques sont ethniquement homogènes, mais la plupart sont fortement pluriethiniques. Etant colonisé par la France ,le Bénin est un pays francophone donc dont la langue officielle et la langue de travail est le français. C'est aussi la langue de la scolarisation et, naturellement alors celle des rapports internationaux. Les communications interethniques, et même intra ethniques dans certains cas sont dominées à Cotonou par la langue de BAUDELAIRE. Lorsqu'on s'accorde pour admettre que le taux de scolarisation au Bénin ne dépasse pas 10%, cette situation paraît assez ambiguë. Ainsi si la communication interethnique entre les différents groupes sociaux se fait en français , le prestige qu'obtroit cette langue dans l'ouverture d'un plus large champ de communication, son usage à la radio , à la télévision, sa place dans la vie publique et d'autres facteurs encore , rendent son acquisition pratiquement indispensable en milieu urbain.Ce qui fait que les individus se donnent tant de mal pour pouvoir comprendre et articuler le français, par quelque moyen que ce soit.Ce faisant, selon la manière dont la connaissance du français a été acquise l'on rencontre différentes formes de la langue qui peuvent correspondre à des différents registres.

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Ainsi, à suivre de près les élocutions d'un jeune scolarisé dans diverses situations, il produit des énoncés qui peuvent être catégorisés en 3 formes d'après leurs caractéristiques . Lorsqu'il se trouve en milieu scolaire ou en famille, quand celle-ci est en majorité scolarisé son discours est élaboré dans un français standard, un français scolaire. Cependant dans la rue , au marché, ses expressions se font dans un niveau de langue familier, presque argotique. Par ailleurs , dans un groupe, d' individus d'un même niveau que lui , les énoncés qu'il produit relèvent d'une forme particulière de français que l'on peut appeler le français snobé. Tout se passe comme si au niveau de l'individu, un système d'aiguillage se charge d'adapter automatiquement une forme de langue à la situation de communication. Nous essayerons de passer en revue quelques caractéristiques de chacune de ces formes de la langue française qui se parle à Cotonou.

 

Le français snobé

Lorsque la situation amène le jeune cotonois dans un endroit où il doit se mettre en valeur, il use (bien maladroitement souvent) de tout le pouvoir du verbe. Il essaie de mettre en œuvre toute la séduction contenue dans la langue. Ici, il attache plus de prix à la bonne tenue de ses énoncés qu'à l'intelligibilité de leur contenu. A risque de se voir taxé de pédanterie, de " vandoise " ou de vanité, il s'attache à employer des termes d'un vocabulaire exotique, désuet ou recherché. Des termes dont il ne maîtrise souvent qu'un vague sens . Qu'importe, la finalité de cette attitude est d'impressionner, d'épater.Cet état de fait a souvent lieu lorsque des jeunes d'un même niveau se retrouvent dans une situation de rivalité implicite soit parce qu'il y a en leur sein une jeune fille à séduire à tout prix ou un statut de leader du groupe à briguer. Alors l'on se livre à une joute verbale. Dans ce cas, on rencontre des fautes systématiques et imprévisibles, sauf lorsqu'elles portent sur des traits investis d'une signification sociale, telles par exemple l'emploi hors propos du subjonctif, tenu pour caractéristique d'un style soutenu, ou bien l'utilisation délibérée de termes rares, de " gros mouvements " selon l'expression employée par les écoliers béninois. Voici quelques autres caractéristiques du français snobé :
Le mélange des registres soutenu et familier dans la même phrase.
Exemples : *Convaincue qu'il n'en était rien , elle mollissait.
*Descendu d'emblée d'un véhicule 505, un shoemaker me demanda s'il peut me monder ma chaussure
L'utilisation d'un vocabulaire spécialisé en dehors de son contexte.
Exemple :Le subside que son fils octroyait à la " grande maison ".
La recherche du mot rase généralement.

 

Le français standard

Ici, les appréciations des qualités linguistiques de la parole sont rapprochées de la norme. En fait pour une langue comme le français d'Afrique , dont l seule source de normalité est clairement située dans l'institution scolaire, on peut s'attendre à ce que les thèmes qui apparaissent fassent référence aux règles enseignées du bon usage. On retrouve des expressions qui proviennent à coup sûr des souvenirs scolaires personnels ou rapportés des échos de réprimandes d'instituteurs. Le jeune cotonois tient à parler un français correct, "normal ", car il est conscient de ses propres aspirations à être considéré comme un " lettré ", comme un futur "fonctionnaire ". Ainsi, devant une grande personnalité ou une personne âgées, dans un service administratif, il fait usage d'un français qui respecte scrupuleusement les règles de la langue. Même ceux qui ont appris les rudiments du français en dehors de l'école.

 

Le français populaire de Cotonou

A travers la ville , le jeune cotonois est amené à aller dans certains endroits ou à rencontrer une certaine catégorie de personnes qui le contraignent à modifier et à adopter son français au contexte. En effet, Cotonou étant le siège une culture multiethnique, le français est devenu la langue véhiculaire qui puisse permettre aux individus d'horizons et de langues diverses de pouvoir entrer en communication.

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Or le taux d'alphabétisation étant des plus bas, il existe un consensus au niveau des populations cotonoises, qui leur permet de faire abstraction des entorses éventuelles causées à la langue.Il en résulte un français particulier dénommé souvent français d'Afrique. Il existe alors des écarts considérables entre ce français et le français standard.Ceci n'est pas du bon gré du jeune cotonois instruit , mais la situation l'oblige à adopter ce registre. Ici, le locuteur se soucie davantage de se faire comprendre que de respecter ce qu'il suppose être la norme. Les écarts commis sont principalement de deux ordres :les fautes (de formes et de règles) et les interférences. C'est beaucoup plus dans le domaine des règles que dans celui des forme que les fautes sont le plus généralement constatées. Ce sont surtout les règles de conjugaison qui subissent le plus de dommage, en particulier les formes les moins usuelles comme celles au style littéraire : il dira ; elles sourièrent, nous offrâmes , jusqu'à ce qu'il fusse. Ensuite , ce sont les fautes d'accord en genre, en nombre et en personne qui sont déplorées : Réné m'avait dit qu'il aura des invités qui viendra manger ici ; maintenant les filles ne fait plus ça. Outre les erreurs fréquentes dans l'attribution des genres masculin et féminin aux substantifs, il faut signaler le problème du choix entre " avoir " et " être ", dans la conjugaison des verbes aux temps composés : il a tombé par terre , j'ai parti avec lui. Concernant les interférences , l'affleurement, dans le discours de locuteurs du français africain, de structures empruntées à leur langue maternelle est un phénomène très vraisemblable ; du moins, est-il souvent possible d'expliquer les singularités de certains énoncés par référence à leurs équivalents dans la langue maternelle du sujet parlant. Un bon exemple est fourni par la récurrence des séquences verbales, interpositions de verbes décrivant les phases ou les aspects d'un même procès : il va là-bas payer amener ici. Il en va de même du redoublement intensif : je comprends un peu un peu ; il est venu vite vite ; il m'a battu bien bien. Quelques autres traits du français familier :
Absence d'hypotaxe c'est-à-dire que la subordination est exprimée par des pauses ou des variations de l'intonation : toi fatigué ? dormir ; toi rien comprendre tête dure comme caillou.
Verbes employés sous formes nominale : moi venir
Apparition d'une catégorie verbo nomunale. Ex : travail….travail beaucoup, pas dormir
Emploi de formes figées. Exemples : y'en a frères ? y'en a content ?
Absence d'opposition de genre. Exemples : madame pas mort, bon femme, madame content ici ?

 

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